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1890

BALLADE

Paul-Marie Verlaine

QUELQUES-UNS dans tout ce Paris Nous vivons d’orgueil et de dèche. D’alcool encore bien qu’épris Nous buvons surtout de l’eau fraîche

En cassant la croûte un peu sèche. A d’autres fins mets et grands vins Et la beauté jamais revêche ! Nous sommes les bons écrivains.

Phœbé, quand tous les chats sont gris, Effile d’une pointe rêche Nos corps par la gloire nourris Dont l’enfer, au guet, se pourlèche,

Et Pœbus nous lança sa flèche, La nuit nous berce en songes vains Sur des lits de noyaux de pêche. Nous sommes les bons écrivains.

Beaucoup de beaux esprits ont pris L’enseigne de l’Homme qui bêche, Et Lemerre tient les paris, Plus d’un encore se dépêche

Et triche d’entrer par la brèche ; Mais Vanier à la fin des fins Seul eut de la chance à la pêche. Nous sommes les bons écrivains.

Bien que la bourse chez nous pèche, Princes, rions, doux et divins. Quoi que l’on dise ou que l’on prêche. Nous sommes les bons écrivains.

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