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1890

ANNIVERSAIRE

Paul-Marie Verlaine

JE ne crois plus au langage des fleurs Et l’Oiseau bleu pour moi ne chante plus. Mes yeux se sont fatigués des couleurs Et me voici las d’appels superflus.

C’est en un mot, la triste cinquantaine. Moirage mûr, pour tous fruits tu ne portes Que vue hésitante et marche incertaine Et ta frondaison n’a que feuilles mortes !

Mais des amis venus de l’étranger, – Nul n’est, dit-on, prophète en son pays – Du moins ont voulu, non encourager, Consoler un peu ces lustres haïs.

Ils ont grimpé jusques à mon étage Et des fleurs plein les mains, d’un ton sans leurre. Souhaité gentiment à mon sot âge Beaucoup d’autres ans et santé meilleure.

Et comme on buvait à ces vœux du cœur Le vin d’or qui rit dans le cristal fin, Il m’a semblé que des bouquets, en chœur, S'élevaient des voix sur un air divin ;

Et comme le pinson de ma fenêtre Et le canari, son voisin de cage, Pépiaient gaiement, je crus reconnaître L’Oiseau bleu qui chantait dans le bocage.

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