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1890

A PH…

Paul-Marie Verlaine

LE petit chien est mort. Quel dommage ! il était Si gentil ! Blanc pur que du jaune tachetait, D’un jaune on eût dit d’or brunissant. Sa gueugueule Et son nénez, roses tous deux, semblaient la seule

Chose vivante en lui ; car son corps trop dodu Ne rendait pas le mouvement qui semblait dû A cet être qu’un charme spécial décore ; Quant à sa queue, elle était bien trop jeune encore

Pour rire ou pour pleurer, pour frétiller, enfin, De joie ou de chagrin, ou de soif ou de faim. Il piaulait, je dirais mieux miaulait, même Piaillait, tant son cri formait la voix suprême

De l’animal dans son innocence, oiseau, chat ; Mais du chien proprement, rien qui s’en rapprochât Qu’un grêle, si l’on veut aboiement plus semblable Au chant du colibri dans la forêt d’érable.

Il nous léchait, le pauvre aveugle encore un peu,Il nous léchait, le pauvre aveugle encore un peu, De sa langue imperceptible, quand, d’instinct, commeDe sa langue imperceptible, quand, d’instinct, comme D’une flèche soudaine, il roula, chétif être, Ses yeux tournés vers sa maîtresse et vers son maître,

Et mourut, nous presque pleurant, tout blancs, tout sots, Ses pattes frêles en l’air, comme les oiseaux.

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