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1895

À MADAME MARIE M…

Paul-Marie Verlaine

Vous fûtes bonne et douce en nos tristes tempêtes, L'Esprit et la Raison parmi nos fureurs bêtes, Et si l'on vous eût crue au temps qu'il le fallait On se fût épargné tant de chagrin plus laid

Encor que douloureux, puis lorsque sonna l'heure Définitive où d'espérer n'était qu'un leurre Dorénavant, du moins vous fîtes pour le mieux Quant à tel modus vivendi moins odieux

Que cette guerre sourde ou cette paix armée Qui succéda l'affreux conflit. Soyez aimée Et vénérée, ô morte inopportunément !

Qui sait ? Vous là, précise et sûre au vrai moment, Votre volonté, toute indulgence et sagesse, Eût prévalu sans doute et nous eût fait largesse D'un pardon mutuel obtenu par son soin :

Tout serait pour le mieux avec Dieu pour témoin ; Mais Dieu n'a pas voulu, qui vous a donc reprise Pourquoi ? Dormez, ô vous, sous votre pierre grise,

Qui fîtes le devoir et ne cédâtes pas. Dormez par ce novembre où ne peuvent mes pas Malades vous aller porter quelque couronne : Mais voici ma pensée, ô vous douce, ô vous bonne !

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