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1895

À EUGÉNIE

Paul-Marie Verlaine

Mais il te faut m'être si douce ! Car tu sais ou tu ne sais pas Que je suis faible et que mon pas Flageole à la moindre secousse ;

Que mon coeur qui trôna jadis, Fier de sa puissance amoureuse, Tremble et s'alarme à tels petits, Tout petits flirts, riens, viande creuse ;

Que mon esprit naguère encor Triomphal en pleine lumière, Chu de son vol d'azur et d'or, A perdu sa gloire première ;

Qu'enfin mon âme toute en Dieu Lors d'un autrefois dont les anges Furent participants, au lieu Des cieux, erre ès limbes étranges…

Oui, toi douce ! et tout est fini Du mal languide qui m'oppresse, — Et qu'à jamais ton nom béni Ferme les sceaux de ma détresse !

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