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1895

À EUGÉNIE

Paul-Marie Verlaine

O toi, toi, seule bonne entre toutes ces femmes Et tant d'hommes feignant d'aimer mon triste cœur, Toi me riant parmi leurs sourires infâmes, Me riant franchement, d'un rire point moqueur

Hypocrite encor moins, mais toujours large et libre Et qui fait rire enfin mon cœur et sa langueur, Large comme ton cœur, libre dans l'équilibre D'une affection forte et douce que ne peut

Déranger tel malheur minime ou de calibre… Tu querelles avec justice, s'il le veut Ou s'il ne le veut pas, mon affreux caractère… On dirait, ta querelle, un jardin où il pleut…

On dirait, ta querelle, un enfant qu'on fait taire Et qu'on baise bien fort au front, du moment qu'il s'est tu Pour le récompenser du bon pli salutaire Pris d'obéir, conformément à la vertu,

Des enfants, d'écouter sans répondre et s'instruire Dans la sagesse et le devoir parfois ardu. Ô toi, sachant me plaire encor mieux, et séduire Encore plus mon âme et mes sens par préci-

Sément ton âme et la grâce qui s'en va luire, La grâce de tes sens aimés, — et par ainsi Notre amour s'ennoblit d'une grâce meilleure Par quoi voici joyeux mon cœur jadis transi.

Arrière maintenant le vain souci de l'heure Et du ciel orageux, ou froid… N'avons-nous pas À l'écart des méchants de qui j'ai fui le leurre La certitude de ne marcher qu'à sûrs pas

Dans le bonheur, sans plus chercher, moi, l'orde orgie De laquelle je suis vainqueur, non sans combats ? Ô toi, toute bonté, forte et douce énergie !

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