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1887

UN SOIR

Émile VERHAEREN

Sous ce funèbre ciel de pierre, Voûté d’ébène et de métaux, Voici se taire les marteaux Et s’illustrer la nuit plénière,

Voici se taire les marteaux Qui l’ont bâtie, avec splendeur, Dans le cristal et la lumière. Tel qu’un morceau de gel sculpté,

Immensément morte, la lune, Sans bruit au loin, ni sans aucune Nuée autour de sa clarté, Immensément morte, la lune,

Parée en son grand cercueil d’or Descend les escaliers du Nord. Le cortège vierge et placide Reflète son voyage astral,

Dans les miroirs d’un lac lustral Et d’une plage translucide ; Reflète son voyage astral Vers les dalles et les tombeaux

D’une chapelle de flambeaux. Sous ce ciel fixe de lagune, Orné d’ébène et de flambeaux, Voici passer, vers les tombeaux,

Les funérailles de la lune.

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UN SOIR · Émile VERHAEREN · Poetry Cove