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1887

UN SOIR

Émile VERHAEREN

Sur des marais de gangrène et de fiel Des cœurs d’astres troués saignent du fond du ciel. Horizon noir et grand bois noir Et nuages de désespoir

Qui circulent en longs voyages Du Nord au Sud de ces parages. Pays de toits baissés et de chaumes marins Où sont allés mes yeux en pèlerins,

Mes yeux vaincus, mes yeux sans glaives, Comme escortes, devant leurs rêves. Pays de plomb — et longs égouts Et lavasses d’arrière-goûts

Et chante-pleure de nausées, Sur des cadavres de pensées. Pays de mémoire chue en de la vase, Où de la haine se transvase,

Pays de la carie et de la lèpre, Où c’est la mort qui sonne à vêpre ; Où c’est la mort qui sonne à mort, Obscurément, du fond d’un port,

Au bas d’un clocher qui s’exhume Comme un grand mort parmi la brume ; Où c’est mon cœur qui saigne aussi, Mon cœur morne, mon cœur transi,

Mon cœur de gangrène et de fiel, Astre cassé, au fond du ciel.

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UN SOIR · Émile VERHAEREN · Poetry Cove