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1887

TOURMENT

Émile VERHAEREN

Rocs de désespoir immensément tordus Vers le ciel lourd, voici les consolants hivers Et la fraîche blancheur et les brouillards pendus Aux bras, pitié ! pitié ! de vos mélèzes verts ;

Voici le grand silence et la neige du soir. Voix de granit, combats d’ombre, fiertés de pierre, Vieux tonnerres figés des époques occultes, Que le soleil irrite et mord de sa lumière

Et qui savez l’éternité de vos tumultes. Voici le grand silence et la neige du soir. Ce qu’il vous a fallu de jours et de malheurs, Pour définir ainsi votre fatalité !

Rocs tragiques, altiers, muets et recéleurs, Et conquérir l’orgueil de l’immobilité ! Voici le grand silence et la neige du soir ! Vous dormirez, veillés par les astres candides,

Sous un linceul de gel et blanc comme la laine ; Voici le firmament venir des nuits splendides, Voici pour vous l’hiver — rocs de douleur humaine ! Voici le grand silence et la neige du soir.

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