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1887

SI MORNE !

Émile VERHAEREN

Se replier toujours sur soi-même, si morne ! Comme un drap lourd, qu’aucun dessin de fleur n’adore. Se replier, s’appesantir et se tasser Et se toujours, en angles noirs et mats, casser.

Si morne ! et se toujours interdire l’envie De tailler en drapeaux l’étoffe de sa vie. Tapir entre les plis ses mauvaises fureurs Et ses rancœurs et ses douleurs et ses erreurs.

Ni les frissons soyeux, ni les moires fondantes Mais les pointes en soi des épingles ardentes. Oh ! le paquet qu’on pousse ou qu’on jette à l’écart, Si morne et lourd, sur un rayon, dans un bazar.

Déjà sentir la bouche âcre des moisissures Gluer, et les taches s’étendre en leurs morsures Pourrir, immensément emmailloté d’ennui ; Être l’ennui qui se replie en de la nuit.

Tandis que lentement, dans les laines ourdies, De part en part, mordent les vers des maladies.

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