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1887

PRIÈRE

Émile VERHAEREN

Lunes du gel dans les grottes de l’or nocturne, Glaives d’acier, lames d’argent, pointes de fer, Minuit silencieux, qui t’ériges dans l’air Comme une volonté dardante et taciturne,

Voici mon cœur pour les couteaux de tes silences, Et mes ardeurs pour tes linceuils et tes tombeaux, Minuit clair et lointain, voici pour tes flambeaux Mon grand rêve brisé comme un combat de lances.

Vers les immensités, mes yeux lèvent leur flamme, Et mes bras éreintés de l’enlacement vain, Vides, sont implorants de ton conseil d’airain, Minuit rigide et froid sur le deuil de mon âme !

Que de regards défunts, que de regards, naguère, T’ont, eux aussi, fixé pendant leur désespoir, Obstinément et longuement fixé, le soir, Quand l’hiver bâtissait sa maison mortuaire.

Il ne restera rien de ce qui fut ma plainte Et tout homme travaille à son inanité ; Minuit tranquille et mort, de son éternité Gèle, en mon cœur, mes pleurs, ma voix, et toi, ma crainte !

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