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1885

LES VÊPRES

Émile VERHAEREN

Moines, vos chants du soir roulent parmi leurs râles Le flux et le reflux des douleurs vespérales. Lorsque dans son lit froid, derrière sa cloison, Le malade redit sa dernière oraison ;

Lorsque la folie arde au cœur les lunatiques, Et que la toux mord à la gorge les étiques ; Lorsque les yeux troublés de ceux qui vont mourir, Tout en songeant aux vers, voient le couchant fleurir ;

Lorsque pour les défunts, que demain l’on enterre, Les fossoyeurs, au son du glas, remuent la terre ; Lorsque dans les maisons closes on sent les seuils Heurtés lugubrement par le coin des cercueils ;

Lorsque dans l’escalier étroit montent les bières Et que la corde râcle au ras de leurs charnières ; Lorsqu’on croise à jamais, dans la chambre des morts, Le linceul sur leurs bras, leurs bras sur leurs remords ;

Lorsque les derniers coups de la cloche qui tinte Meurent dans les lointains, comme une voix éteinte, Et qu’en fermant les yeux pour s’endormir, la nuit Étouffe, entre ses cils, la lumière et le bruit :

Moines, vos chants du soir roulent parmi leurs râles Le flux et le reflux des douleurs vespérales.

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