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1887

LES LOIS

Émile VERHAEREN

Un paysage noir, ligné d’architectures, Qui découpent et captivent l’éternité, En leurs parallèles et fatales structures, Impose à mes yeux clos son immobilité.

Dédales de Justice et tours de Sapience, Toute l’humanité qui s’est dardée en lois Se définit en ces rectilignes effrois De souverain granit et de lourde science.

L’orgueil des blocs de bronze et des plaques d’airain, Brutal et solennel, de haut en bas, décide : Ce qu’il faut de bonheur et de calme serein À tout cerveau qu’émeut un cœur sage et placide.

Indestructible et clair, perpétuel et froid, Plus haut que tout sommet arquant sa vastitude, Le dôme immensément lève la certitude Sur des pilliers géants et forts, comme le droit.

Mais c’est au fond d’un soir, pesant de cataclysme, Où des couchants de roc écrasent des soleils, Que ces pierres et ces beffrois du dogmatisme. Sous un ciel d’encre et d’or, semblent tenir conseil.

Sans voir si l’œil de leur Dieu vague, ouvert la nuit, Et vers lequel s’en va l’élan du monument, Ne s’est point refermé lui-même au firmament, Par usure peut-être — ou peut-être d’ennui.

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