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1887

LES COMPLAINTES

Émile VERHAEREN

Les complaintes qu’on va chantant par la grand’route, Avec leurs vieux refrains de banal désespoir, Avec leurs mots en panne et leur rythme en déroute Sont plus tristes encor, les dimanches, le soir,

Dans le silence éteint des tons et des lumières. Le village s’endort. La cloche des saluts Tinte minablement sa plainte et les chaumières Qu’on ferme, et les verrous et les seuils vermoulus

Poussent des cris souffrants, comme des voix humaines. Parfois, dans les vergers, un très doux meuglement Ou quelque bruit d’étable et de chenil. Les plaines Se remplissent de nuit et de tressaillement.

Personne. À l’horizon, rien que la solitude Et des nuages longs qui voyagent, par tas. Et dans cet infini d’ombre et de lassitude Et dans cette douleur des campagnes, là-bas,

Les complaintes qu’on va chantant par la grand’route Avec leurs vieux refrains de banal désespoir, Avec leurs mots en panne et leur rythme en déroute, Meurent en cette mort de dimanche et de soir.

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