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1887

LE GEL

Émile VERHAEREN

Ce soir, un grand ciel clair, surnaturel, abstrait, Froid d’étoiles, infiniment inaccessible À la prière humaine, un grand ciel clair paraît. Il fige en son miroir l’éternité visible.

Le gel étreint cet infini d’argent et d’or, Le gel étreint, les vents, la grève et le silence Et les plaines et les plaines ; le gel qui mord Les lointains bleus, où les astres pointent leur lance.

Silencieux, les bois, la mer et ce grand ciel Et sa lueur immobile et dardante ! Et rien qui remuera cet ordre essentiel Et ce règne de neige acerbe et corrodante.

Immutabilité totale. On sent du fer Et des étaux serrer son cœur morne et candide ; Et la crainte saisit d’un immortel hiver Et d’un grand Dieu soudain, glacial et splendide.

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