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1887

LA TÊTE

Émile VERHAEREN

Sur un échafaud noir, tu porteras ta tête Et sonneront les tours et luiront les couteaux Et tes muscles crîront et ce sera la fête, La fête et la splendeur du sang et des métaux.

Et les pourpres soleils et les soirs sulfuriques, Les soirs et les soleils, escarbouclés de feux, Verront le châtiment de tes crimes lyriques Et s’ils savent mourir ton front et tes grands yeux.

La foule, en qui le mal grandiose serpente, Taira son océan autour de ton orgueil, La foule ! — et te sera comme une mère ardente, Qui, rouge et froid, te bercera dans ton cercueil.

Et vicieuse, ainsi qu’une floraison noire, Où mûrissent de beaux poisons, couleur d’éclair, Et despotique et fière, et grande, ta mémoire, Et fixe et roide, ainsi qu’un poignard dans la chair.

Sur un échafaud noir, tu porteras la tête Et sonneront les tours et luiront les couteaux Et tes muscles crîront et ce sera la fête, La fête et la splendeur du sang et des métaux.

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