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1887

LA RÉVOLTE

Émile VERHAEREN

Vers une ville au loin d’émeute et de tocsin, Où luit le couteau nu des guillotines, En tout à coup de fou désir, s’en va mon cœur. Les sourds tambours de tant de jours

De rage tue et de tempête. Battent la charge dans les têtes. Le cadran vieux d’un beffroi noir Darde son disque au fond du soir,

Contre un ciel d’étoiles rouges. Des glas de pas sont entendus Et de grands feux de toits tordus Échevèlent les capitales.

Ceux qui ne peuvent plus avoir D’espoir que dans leur désespoir Sont descendus de leur silence. Dites, quoi donc s’entend venir

Sur les chemins de l’avenir. De si tranquillement terrible ? La haine du monde est dans l’air Et des poings pour saisir l’éclair

Sont tendus vers les nuées. C’est l’heure où les hallucinés Les gueux et les déracinés Dressent leur orgueil dans la vie.

C’est l’heure — et c’est là-bas que sonne le tocsin ; Des crosses de fusils battent ma porte ; Tuer, être tué ! — qu’importe !

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