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1887

INCONSCIENCE

Émile VERHAEREN

L’âme et le cœur si las des jours, si las des voix, Si las de rien, si las de tout, l’âme salie ; Quand je suis seul, le soir, soudainement, parfois, Je sens pleurer sur moi l’œil blanc de la folie.

Celui, si triste hélas ! qui s’en alla, là-bas, — Pâle œil désenchanté de la raison méchante — Rêver à quelque chose, au loin, qu’on ne voit pas À quelque chose au loin qui tremble et pleure et chante.

Morne crapaud blotti sous les roses, tout seul ! Si seul ! — morne crapaud pleureur de lune, appelle ! Appelle ! Et vous, petites fleurs, pour le linceuil De mon cerveau, l’ensevelisseuse vient-elle ?

Être l’errant au monde et le pauvre de soi, Avec le feu bougeant d’une âme, qui tremblotte Derrière une main frêle et ballotte son moi ; Qui tremblotte comme un reflet dans l’eau ballotte.

Passer inconscient et se faire l’ami De ce qui vole et rampe et fuit, là-bas. Naguère, Avant que ne sortît du somme, l’endormi, Le premier homme, on a vu mes pareils sur terre.

Ayez amour pour eux, ayez amour un peu ! Ils sont les charmeurs lents, là-bas, des brises lentes : Leurs doigts, qui n’ont jamais touché le mauvais feu, Dansent des airs lointains, sur des flûtes tremblantes :

Les puérils et les vaguants, mais loin du mal, Et les doux égarés, par les bruyères vertes : Hamlet rirait peut être, hélas ! mais Parsifal ? Ô Parsifal bénin et clair, comprendrait certes !

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