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1887

HEURES MORNES

Émile VERHAEREN

Hélas, quel soir ! ce soir de maussade veillée. Je hais, je ne sais plus ; je veux, je ne sais pas ; Ah mon âme, vers un néant, s’en est allée, Vers un néant, très loin, je ne sais où, là-bas ?

Il bat des tas de glas au-dessus de ma tête, Le vent, il corne à mort, et les cierges bénits Qu’on allumait, pendant la peur de la tempête, Les bons cierges se sont éteints et sont finis.

Cela se perd, cela s’en va, cela se disloque, Cela se plaint en moi, si monotonement, Et cela semble un cri d’oiseau, qui s’effiloque, Qui s’effiloque au vent d’hiver, lointainement.

Oh ces longues heures après ces longues heures, Et sans trêve, toujours, et sans savoir pourquoi ; Et sans savoir pourquoi ces angoisses majeures ; Oh ces longues heures d’heures à travers moi !

Une torture ? — Oh vous qui les savez si mornes Ces nuits mornes, et qui dansez, au vent du Nord, Ruts d’ouragan, sur les marais et les viornes Et les étangs et les chemins et sur la mort ;

Une torture en moi qui frappe et me lacère ? Une torture à pleins éclairs, comme des faulx Et des sabres, par à travers de ma misère ; Une torture, à coups de clous et de marteaux ?

Là-bas, ces grandes croix au carrefour des routes, Ces croix ! — Oh ! n’y pouvoir saigner son cœur ; ces croix, Où s’accrochent des cris d’espace et de déroutes, Des cris et des haillons de vent dans les grands bois.

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