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1887

DÉPART

Émile VERHAEREN

La mer choque ses blocs de flots, contre les rocs Et les granits du quai, la mer démente, Tonnante et gémissante, en la tourmente De ses houles montantes.

Les baraques et les hangars comme arrachés, Et les grands ponts, noués de fer mais cravachés De vent ; les ponts, les baraques, les gares Et les feux étagés des fanaux et des phares

Oscillent aux cyclones Avec leurs toits, leurs tours et leurs colonnes. Et ses hauts mâts craquants et ses voiles claquantes, Mon navire d’à travers tout casse ses ancres ;

Et, cap sur le zénith, Bondit, vers la tempête, Bête d’éclair, parmi la mer. Dites, vers quel inconnu fou,

Et vers quels somnambuliques réveils, Et vers quels au-delà et vers quels n’importe où Convulsionnaires soleils ? Vers quelles démences et quels effrois

Et quels écueils, cabrés en palefrois, Vers quel cassement d’or De proue et de sabord, Dites, vers quels mirages ou vers quels rires

Bondit le mors aux dents de mon navire ? Tandis qu’hélas ! celle qui fut ma raison, La main tendant ses pâles lampadaires, Le regarde cingler, à l’horizon,

Du haut de vieux débarcadères.

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