Sur les murs nus de ma cellule
défilent reines en hennins,
prélats et, ronde ridicule,
des fées que lutinent des nains.
Les siècles mènent leur cortège
au gré de l'ombre et du hasard,
mais, à les suivre, pourquoi n'ai-je
que lassitude en mon regard ?
Hélas ! vous me voyez, Seigneur,
dépouillé comme ce pendu
qui danse dans une lueur
sur le ciment demi-fendu.
Les jours passent, vaille que vaille,
mais quelle ombre fera ma peau,
un matin blanc, sur la muraille
où la guette la Gestapo ?
Par quels noirs chemins je m'en vais
et vers quel but, nuit ou lumière,
le Père et Vous, seuls, le savez,
et si mes os iront en bière.
Mes pensées tournent comme moi
au fond de ma cour sans soleil.
Seigneur, augmentez une foi
qui toujours retombe en sommeil !