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1945

OMBRES

Henri VENDEL

Sur les murs nus de ma cellule défilent reines en hennins, prélats et, ronde ridicule, des fées que lutinent des nains.

Les siècles mènent leur cortège au gré de l'ombre et du hasard, mais, à les suivre, pourquoi n'ai-je que lassitude en mon regard ?

Hélas ! vous me voyez, Seigneur, dépouillé comme ce pendu qui danse dans une lueur sur le ciment demi-fendu.

Les jours passent, vaille que vaille, mais quelle ombre fera ma peau, un matin blanc, sur la muraille où la guette la Gestapo ?

Par quels noirs chemins je m'en vais et vers quel but, nuit ou lumière, le Père et Vous, seuls, le savez, et si mes os iront en bière.

Mes pensées tournent comme moi au fond de ma cour sans soleil. Seigneur, augmentez une foi qui toujours retombe en sommeil !

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