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1945

NON FECIT TALITER

Henri VENDEL

Bientôt je vais atteindre à la saison tardive où le laboureur fait le compte de son grain. Heureux celui dont la gerbée touche aux solives ! Hélas ! si mon grenier de pur froment n'est plein,

la faute n'en sera qu'à ma folle paresse, car vous m'avez donné les plus riches semailles, Vous, Seigneur, tant de fois penché sur ma détresse. Vous m'avez abreuvé du sang noir des batailles,

et de misère, et d'espérance, o bonheur clair et longue nuit où la douleur mit sa morsure ! J'ai vu les nations aux rives séculaires sous le ciel enflammé crouler comme un vieux mur.

La mort fut ma compagne et me tendit la main. Les seigles, les blés durs, les avoines, les orges, toutes les moissons d'or ont bordé nos chemins avec les cris, le soir, des peuples qui s'égorgent.

Pourquoi n'ai-je fauché que de maigres javelles ? Mes bras, non pas mon cœur, se lassèrent, Seigneur. Lorsque vous vanerez mon grain sur votre pelle, ne le jetez au feu de l'éternel malheur !

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