Noël vint au fracas des guerres
et l'Enfant nu gît dans la crèche.
Qui de nous lui portera, frères,
une brassée de paille fraîche ?
L'âne est en route tout le jour
et traîne sa lourde charrette,
le bœuf roux sans repos laboure,
l'étable est vide où l'enfant tète.
N'est-il plus une chaude haleine
pour le petit ventre fragile,
ni brassière ou maillot de laine
dans les boutiques de la ville ?
La mère a faim, son lait tarit.
Fermière, n'as-tu des fromages,
quelques œufs, un gâteau de riz ?
Mais par où passeront les mages ?
Les champs sont couverts de batailles
et les cieux d'astres maléfiques.
Il n'est plus musette qui vaille,
bergers, dans cette nuit tragique.
Le torrent des foules damnées
gronde au fond de gorges sans nom
et déjà la nouvelle année,
honteuse, implore son pardon.
Au foyer sans bûche ni cendre
où ne chante plus le grillon,
les jouets n'osent plus descendre
pour le plaisir de l'Enfançon.
La messe du feu qui dansait
parmi les verrières de flamme
éteignit son divin ballet.
Il fait noir et froid dans les âmes.
Tremblante goutte d'espérance,
Noël, invincible Noël,
rends-nous le bonheur des enfances
et paix des anges dans le ciel !