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1945

NAUFRAGE

Henri VENDEL

Est-ce vous qui m'avez, Seigneur, de vos douces mains, dépouillé ? Des candeurs calmes du bonheur il ne reste, en ces jours brouillés,

que le deuil au fond de moi-même. Quelle tempête, sur les mers, dispersa les ombres que j'aime ? Mes plaies brûlées d'un sel amer,

je suis nu comme un naufragé qui n'a que son cœur et sa peine, nu comme un arbre du verger que l'hiver mordit jusqu'aux veines.

Où sont mes livres et mon chat ? où les présences bien-aimées, la joie des rues qui me cacha la course brève des années ?

Tout a fui. Les plus pauvres gueux, du moins ont-ils leur part de vent ! Si je vous demande autant qu'eux, voyez mon âme et son tourment.

Donnez-lui force, liberté, ou, s'il le faut, la patience d'un oiseleur et le secret d'apprivoiser cette souffrance.

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