Les champs me livrent aux Saisons. Elles vont nues
et rien ne cache, à mes yeux effrayés, leur fuite :
pas un amour, pas un combat, aucune nue.
Les heures lentes à venir, comme elles quittent
nos regards ! Se peut-il que déjà les moissons,
dans le soir plus hâtif, cèdent place aux éteules ?
On veut que le temps passe, et, soudain, quel frisson !
Bientôt, sur le plateau, s'élèveront les meules,
mais quel grain sauverai-je ? ou quelle paille ? Dieu
m'offre-t-il vainement, de ses deux mains, le monde ?
Ah ! saisir, arrêter la course du ciel bleu !
Cet ample amas de fruits, de fleurs, n'est-ce qu'une onde,
et mes jours, et mon corps ? Tout s'écoule, je sais.
Du moins, permettez-moi de cueillir à brassées,
puisque vous m'avez fait ces craintives vacances,
Seigneur, tant de vos dons que le passant dédaigne !
N'est-il fleuri de mélilot, de centaurée, d'immense
azur, le, vieux chemin qui mène à votre règne ?