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1945

LES SAISONS NUES

Henri VENDEL

Les champs me livrent aux Saisons. Elles vont nues et rien ne cache, à mes yeux effrayés, leur fuite : pas un amour, pas un combat, aucune nue. Les heures lentes à venir, comme elles quittent

nos regards ! Se peut-il que déjà les moissons, dans le soir plus hâtif, cèdent place aux éteules ? On veut que le temps passe, et, soudain, quel frisson ! Bientôt, sur le plateau, s'élèveront les meules,

mais quel grain sauverai-je ? ou quelle paille ? Dieu m'offre-t-il vainement, de ses deux mains, le monde ? Ah ! saisir, arrêter la course du ciel bleu ! Cet ample amas de fruits, de fleurs, n'est-ce qu'une onde,

et mes jours, et mon corps ? Tout s'écoule, je sais. Du moins, permettez-moi de cueillir à brassées, puisque vous m'avez fait ces craintives vacances, Seigneur, tant de vos dons que le passant dédaigne !

N'est-il fleuri de mélilot, de centaurée, d'immense azur, le, vieux chemin qui mène à votre règne ?

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