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1945

LE PRISONNIER

Henri VENDEL

Quand la nuit vous enferme au fond des cathédrales, dans une prison vide, et qu'il n'est sur les dalles d'autre pas obsédant que celui des remords, n'écoutez-vous, Très Haut, ce lourd sanglot des morts

dont les vagues sans fin battent l'éternité ? Tout meurt. Une rumeur d'épouvante et de râles assiège le rivage où vos pieds sont posés. La vie est un chaland que des cadavres hâlent.

Vers quel port ? et pourquoi les funèbres marées ? Les morts, qui n'ont plus peur, jettent leur cri vers vous, prisonnier des nocturnes autels. Répondez ! Pourquoi les cœurs pourrissent-ils? Qui vous absoud ?

Sans mort, n'auriez-vous pu faire vivre le monde ? — O mystère des nuits, des temples et des bois Dieu gardait le silence en l'abside profonde, mais la lune éclaira le Pendu de la Croix.

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