Comme il est long, Seigneur, et rude, et dur,
le chemin qui mène à votre Royaume
Les peuples partis vers les temps futurs
aux ronces des nuits déchirent leurs paumes.
Parfois — n'est-ce qu'un mirage ? — ils croient voir,
lointaines, briller les tours de la Ville
aux coupoles d'or, et soudain l'espoir
embrase les cœurs d'une flamme agile.
Puis tout meurt, la Cité, l'espoir. Des brumes
de sang et de feu cachent l'horizon.
Sous les quatre vents des incendies fument
et les hommes las perdent la raison.
Me voici, traîné par la foule aveugle,
obligé de suivre un confus troupeau.
Dans les clochers noirs des sirènes meuglent
qui font sur nos fronts s'enfuir les corbeaux.
Errant, titubant et lourds de nos chutes,
nous heurtons vos croix par les carrefours,
et pourtant, ces pas que rien ne rebute,
c'est vers Vous qu'ils vont, Maître aux Mains d'Amour.