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1945

LA RADE

Henri VENDEL

Mes bonheurs d'antan, où sont-ils enfuis ? Qui les a chassés ? le vent ? le tonnerre ? Je descends, lié, vers la pire nuit, oubliant déjà qui je fus naguère.

Mes plaisirs sont faits d'une soupe chaude, d'un somme, à l'étroit dans mes couvertures. J'écoute les pas des geôliers qui rôdent : leurs cris, dans la cour, sont mes aventures,

et les cris sont durs et les pas sont lourds. Il n'est plus de terre, il n'est rien que murs. Aux pleurs des prisons le ciel reste sourd, le ciel dont je vole un lambeau d'azur.

Quatre pas en large et trois pas en long : sous le même joug les trois camarades, du matin au soir, sans fin, nous allons… N'atteindrons-nous donc, jamais, une rade ?

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