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1945

LA GUEUSE

Henri VENDEL

Ami du jour, le coq a trop vite chanté : te voilà de retour, garce antique, misère. Tu couchas tant de fois avec l'humanité que l'on te croyait morte et pourrie en la terre,

mais tu restes fidèle à tes amours. Bientôt nous reverrons hélas tes seins tristes qui pendent, besaces vides, et tes os, sur les tréteaux, bancroches danseront l'horrible sarabande.

Tu viendras à nouveau jouer la maquerelle, trafiquer sur le zinc des esprits et des corps, vendre, pour un bout de jambon, une pucelle d'occasion, — combien d'âmes pour un grain d'or ?

Afin de nous mener à ton bar interlope tu lâcheras sur nous ton molosse, le froid aux crocs aigus, avec la faim, cette salope. Tu seras au profond de nous-même. De toi

aucun ne pourra plus détourner sa pensée. Tu nous obséderas comme un vice, catin. Tes baisers friperont nos figures lassées comme fait aux vieillards la débauche au matin.

Tes lèvres videront mes vertèbres de moelle, tu pâliras mon sang et rideras ma chair, mais tu ne saurais pas interdire aux étoiles de se mirer, jusqu'à la mort, en mes yeux clairs.

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LA GUEUSE · Henri VENDEL · Poetry Cove