Une musique vient d'une foire lointaine.
Là-bas, sur des cochons, tournent de jeunes femmes,
et moi, déjà vieilli, je tourne avec mes peines
dans ce manège étroit qu'on appelle mon âme.
Ne sortirai-je, un jour, de ces pensées moroses ?
J'écoute; mort geôlière, un approche de pas,
cependant qu'au jardin se préparent les roses
et que des amants fols rêvent de leurs combats.
C'est la fête à la foule et c'est mon deuil encore.
Mon être, en vain, se tend vers les bourgeons d'avril :
dans ces murs il n'est plus de rayon qui me dore
et l'aurore elle-même apporte ses périls.
Seigneur, ai-je mangé toute ma part de joie ?
suis-je un arbre si vieux qu'il ne porte plus fruit ?
Une chose inutile et qu'entraîne son poids ?
Seigneur, m'emportez-vous à l'éternelle nuit ?