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1945

LA FOIRE LOINTAINE

Henri VENDEL

Une musique vient d'une foire lointaine. Là-bas, sur des cochons, tournent de jeunes femmes, et moi, déjà vieilli, je tourne avec mes peines dans ce manège étroit qu'on appelle mon âme.

Ne sortirai-je, un jour, de ces pensées moroses ? J'écoute; mort geôlière, un approche de pas, cependant qu'au jardin se préparent les roses et que des amants fols rêvent de leurs combats.

C'est la fête à la foule et c'est mon deuil encore. Mon être, en vain, se tend vers les bourgeons d'avril : dans ces murs il n'est plus de rayon qui me dore et l'aurore elle-même apporte ses périls.

Seigneur, ai-je mangé toute ma part de joie ? suis-je un arbre si vieux qu'il ne porte plus fruit ? Une chose inutile et qu'entraîne son poids ? Seigneur, m'emportez-vous à l'éternelle nuit ?

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LA FOIRE LOINTAINE · Henri VENDEL · Poetry Cove