Lassés, moins des labeurs, que du poids de leur cœur,
les hommes ont plongé dans la mer sans rivage,
et la terre, échappant aux paumes des dormeurs,
la terre s'enivra d'une course sauvage.
Où les mondes vont-ils par la nuit sans chemins
et quel destin les guide ignoré de nos livres ?
Je me suis éveillé de mes songes humains
et reste seul, avec cette angoisse de vivre
qui fut celle d'Adam chassé hors du Jardin,
quand il ne reconnut son monde familier
et que les tigres blonds dans les bois eurent faim.
Qui veille ? Le soldat, au rempart oublié,
ferma ses yeux pesants. Je suis seul et l'abîme
s'est ouvert devant moi. Nul secours, vains appels.
Je suis seul. Tout le poids de l'infini m'opprime
à regarder la terre aux hommes infidèle,
la terre ivre parmi le ciel incendié.