Nul à l'aube ne fait aumône.
Il n'est femme qu'un amant damne,
vagabonde ou roi qu'on détrône,
il n'est âme que mort condamne
qui ne l'apprenne de sa peine :
nul à l'aube ne fait aumône.
Vainement les plaintes se traînent,
et les amours et les remords :
cette heure n'a brisé les chaînes
qu'aux poignets qui déjà sont morts.
Allez vous recoucher, les filles :
nul à l'aube ne fait aumône.
Les prisonniers, hors de leurs grilles,
qu'attendent-ils du jour naissant ?
qu'au pied du mur on les fusille
et que les chiens lappent leur sang ?
La gueuse lèche ses babines :
nul à l'aube ne fait aumône.
Vous qui souffrîtes à matines
et dont les mains clouées rayonnent,
gardez, Seigneur, de nous maudire,
mais de Vous qu'on ne puisse dire :
nul à l'aube ne fait aumône.