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1945

L'AUBE AVARE

Henri VENDEL

Nul à l'aube ne fait aumône. Il n'est femme qu'un amant damne, vagabonde ou roi qu'on détrône, il n'est âme que mort condamne

qui ne l'apprenne de sa peine : nul à l'aube ne fait aumône. Vainement les plaintes se traînent, et les amours et les remords :

cette heure n'a brisé les chaînes qu'aux poignets qui déjà sont morts. Allez vous recoucher, les filles : nul à l'aube ne fait aumône.

Les prisonniers, hors de leurs grilles, qu'attendent-ils du jour naissant ? qu'au pied du mur on les fusille et que les chiens lappent leur sang ?

La gueuse lèche ses babines : nul à l'aube ne fait aumône. Vous qui souffrîtes à matines et dont les mains clouées rayonnent,

gardez, Seigneur, de nous maudire, mais de Vous qu'on ne puisse dire : nul à l'aube ne fait aumône.

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