Du calme, de l'air pur, quelques fleurs et des livres,
une tendresse douce et discrète, qui veille,
ne m'accorderez-vous l'allégresse de vivre
et de goûter, Seigneur, à ces humbles merveilles ?
Ma vie fut un hochet aux doigts noueux des guerres
et je suis las d'errer d'alarmes en terreurs.
N'aurai-je de répit qu'au lit noir de la terre,
sans connaître jamais ton ombrage, bonheur ?
Une maison dans un jardin, quelques amis,
des fruits que l'on cueille soi-même, hors rosée,
le chat qui joue, une promenade parmi
les herbes, ou le rêve à travers la croisée,
serait-ce trop Vous demander ? Vous n'aviez pas
de pierre où reposer le front, mais Vous aimiez
Vous arrêter à Béthanie et, le soir, las,
causer avec Lazare et Marie à vos pieds…
Donnez-moi, — je vieillis —, un automne plus clair
que ne fut le printemps, et je vous offrirai
le raisin de ma treille et la noix dont le goût amer
s'adoucit, comme fit ce cœur immodéré.