Quelle atroce main nous tenaille et décharna le flanc des terres ? Les morts tombés dans les batailles volent déjà dans la poussière.
Les chairs, les âmes, tout pourrit, et les vivants sont des cadavres en qui l'espérance a péri. L'Amour même, l'Amour se navre.
Nos villes pleurent sous la cendre et nos champs ne sont qu'une tombe où tant de peuples vont s'étendre. Lasse, la foi tremble et succombe.
Alors, du sol gelé naquit la primevère et le merle écouta l'approche du printemps. Les bulbes se gonflaient de sève, le mystère du renouveau troubla le mystère du sang.
Quelle étoile a guidés, sur la route inconnue, les morts vers leur destin de vol ou de feuillage ? Ils sont partis dès l'aube et leur pâle venue, à pas muets, déjà colporte son message :
Avance, humanité ! Les germes naissent et l'avenir, au sein des pourritures, éclot, si frais, si pur, qu'une jeunesse d'azur illumine les mers obscures.
Avance : l'air nouveau baise le ciel sur ses yeux clos. Dans le proche matin vois la terre qui, sous les crocs du gel, rêve et s'abandonne aux fleurs du jardin.
Avance, humanité ! Sur les sommets le jour, aigle aux rémiges d'or, le jour longtemps promis plane et va se poser. Un jeune dieu sur sa monture accourt.
Avance, et prends les palmes en tes paumes ! Demain, dans l'hosannah de l'allégresse, demain l'Amour t'offrira son royaume, car ton pas lourd, c'est vers lui qu'il progresse.
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