La terre entière nous sépare, frère austral,
toute la terre, abîmes d'eaux, sables, rochers
et cet immense incendie noir du feu central.
Ton firmament mûrit des astres étrangers,
tu bois le soleil de mes nuits, mon crépuscule
est ton aurore, et quand je vais parmi les songes,
toi, par les rues, l'âme au travail, tu déambules.
Le sel ne m'atteint par des vagues où tu plonges.
Des océans déserts, sans ailes ni sillages,
répondent seuls, lugubres voix, à mon écoute.
Le vent, vieux chemineau de tous les paysages,
le vent même, épuisé, le vent se meurt en route.
Mais si quelque berger de ta montagne chante
sa peine bien-aimée au retour du pacage,
son chant pénétrera dans mes veines dolentes,
car son cœur et le mien sont du même village.