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1922

Ode secrète

Paul VALÉRY

Chute superbe, fin si douce, Oubli des luttes, quel délice Que d’étendre à même la mousse Après la danse, le corps lisse !

Jamais une telle lueur Que ces étincelles d’été Sur un front semé de sueur N’avait la victoire fêté !

Mais touché par le Crépuscule, Ce grand corps qui fit tant de choses, Qui dansait, qui rompit Hercule, N’est plus qu’une masse de roses !

Dormez, sous les pas sidéraux, Vainqueur lentement désuni, Car l’Hydre inhérente au héros S’est éployée à l’infini…

Ô quel Taureau, quel Chien, quelle Ourse, Quels objets de victoire énorme, Quand elle entre aux temps sans ressource L’âme impose à l’espace informe !

Fin suprême, étincellement Qui, par les monstres et les dieux, Proclame universellement Les grands actes qui sont aux Cieux !

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