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1920

Même Féerie

Paul VALÉRY

La lune mince verse une lueur sacrée, Comme une jupe d’un tissu d’argent léger, Sur les masses de marbre où marche et croit songer Quelque vierge de perle et de gaze nacrée.

Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux De carènes de plume à demi lumineuse, Sa main cueille et dispense une rose neigeuse Dont les pétales font des cercles sur les eaux.

Délicieux désert, solitude pâmée, Quand le remous de l’eau par la lune lamée Compte éternellement ses échos de cristal, Quel cœur pourrait souffrir l’inexorable charme

De la nuit éclatante au firmament fatal, Sans tirer de soi-même un cri pur comme une arme ?

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