Je change… Qui me fuit ?… Ses feuilles immobiles Accablent l’arbre que je vois… Ses bras épais sont las de bercer mes sibylles : Mon silence a perdu ses voix.
Mon âme, si son hymne était une fontaine Qui chantait de toutes ses eaux, N’est plus qu’une eau profonde où la pierre lointaine Marque la tombe des oiseaux.
Au lit simple d’un sable aussi fin que la cendre Dorment les pas que j’ai perdus, Et je me sens vivant sous les ombres descendre Par leurs vestiges confondus.
Je perds distinctement Psyché la somnambule Dans les voiles trop purs de l’eau Dont le calme et le temps se troublent d’une bulle Qui se défait de ce tombeau.
À soi-même, peut-être, Elle parle et pardonne, Mais cédant à ses yeux fermés, Elle me fuit fidèle, et, tendre, m’abandonne À mes destins inanimés.
Elle me laisse au cœur sa perte inexpliquée, Et ce cœur qui bat sans espoir Dispute à Perséphone Eurydice piquée Au sein pur par le serpent noir…
Sombre et mourant témoin de nos tendres annales, Ô soleil, comme notre amour, L’invincible douceur des plages infernales T’appelle aux rives sans retour.
Automne, transparence ! ô solitude accrue De tristesse et de liberté ! Toute chose m’est claire à peine disparue ; Ce qui n’est plus se fait clarté.
Tandis que je m’attache à mon regard de pierre Dans le fixe et le dur « Pourquoi ? », Un noir frémissement, l’ombre d’une paupière Palpite entre moi-même et moi…
Ô quelle éternité d’absence spontanée Vient tout à coup de s’abréger ?… Une feuille qui tombe a divisé l’année De son événement léger.
Vers moi, restes ardents, feuilles faibles et sèches, Roulez votre frêle rumeur, Et toi, pâle Soleil, de tes dernières flèches, Perce-moi ce temps qui se meurt…
Oui, je m’éveille enfin, saisi d’un vent d’automne Qui soulève un vol rouge et triste ; Tant de pourpre panique aux trombes d’or m’étonne Que je m’irrite et que j’existe !
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