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1942

À L’AURORE…

Paul VALÉRY

À l’aurore, avant la chaleur,À l’aurore, avant la chaleur, La tendresse de la couleurLa tendresse de la couleur À peine éparse sur le monde,À peine éparse sur le monde, Étonne et blesse la douleur.Étonne et blesse la douleur.

Ô Nuit, que j’ai toute soufferte, Souffrez ce sourire des cieux Et cette immense fleur offerte Sur le front d’un jour gracieux.

Grande offrande de tant de roses, Le mal vous peut-il soutenir Et voir rougissantes les choses À leurs promesses revenir ?

J’ai vu se feindre tant de songes Sur mes ténèbres sans sommeil Que je range entre les mensonges Même la force du soleil,

Et que je doute si j’accueille Par le dégoût, par le désir, Ce jour très jeune sur la feuille Dont l’or vierge se peut saisir.

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