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1910

Sur l'Eau

Léonise VALOIS

Le blanc bateau voguait sur le fleuve royal, Gracieux comme un cygne, Sa coque si jolie au mouvement égal Bravait l'onde maligne.

Vers l'horizon lointain, l'astre d'or avait fui, Jetant ses diaprures Sur les plaines, les monts à l'aspect infini, Dans toutes les ramures.

La pénombre déjà, sur le flot en éveil Répandait son mystère, La nature semblait préparer son sommeil En disant sa prière.

Dans l'abîme entr'ouvert, il me semblait entendre La Sirène du Mal, Ses appels séduisants, sa voix qui se fait tendre, Son triomphe final.

Oui, le cœur sans appui roulant dans le noir gouffre Périrait sûrement, Si Dieu n'était pas là près de l'âme qui souffre Pour l'aider doucement.

Puis je pensais encore : Et notre volonté, Quelle est donc sa faiblesse ? Quand il s'agit de l'âme et de l'éternité Plus grande est sa détresse !

O Dieu ! délivrez-nous du péril qui fascine, De ses appâts trompeurs, Et sauvez du naufrage à votre voix divine Nos âmes et nos cœurs !

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