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1910

Migration d'Oiseaux

Léonise VALOIS

Petits oiseaux, cher peuple heureux, Qui dédaignez le terre-à-terre, Pourquoi vous faut-il d'autres cieux Avec un climat moins sévère ?

Vos gais trémolos sont si doux, Qu'on les croit un besoin pour l'âme ; Si vous ne chantez plus pour nous, Il nous faudra d'autre dictame.

Pourquoi partir quand on vous aime ; Nos cœurs voudraient vous retenir ; Pourquoi la nature elle-même Vous porte-t-elle à vous enfuir ?

Partez, partez, petits oiseaux, Ne retardez plus le voyage ; Le vent a courbé les roseaux, Et l'hiver fera bientôt rage.

Quand vous reviendrez au printemps, Vous aurez d'autres cantilènes, Si vous trouvez des changements Vous adoucirez d'autres peines.

Car durant votre longue absence, Combien d'âmes s'envoleront ! Dans un mystérieux silence, Que de bonheurs se flétriront !

Et si le sort garde un sourire Pour certains favoris qu'il sert, A côté des cœurs en délire, Combien d'autres auront souffert !

Partez, partez, cher peuple heureux, Sans trop regarder en arrière, Car votre chant toujours joyeux Deviendrait une plainte amère.

Puis, vous nous reviendrez, sans doute, Avec plusieurs autres chansons, Que vous recueillerez en route Pour bercer nos illusions.

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