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1910

Idéales Sympathies

Léonise VALOIS

Un jour, le Rêve ailé planant dans le ciel bleu, Tout comme un libre oiseau qui dédaigne la terre, Songeait dans son envol au long regard de feu Des étoiles du soir se voilant de mystère.

Le bonheur, pensait-il, doit se trouver ici, Dans ce stellaire Éden, d'où s'échappe la flamme, La clarté, la chaleur, le rayon adouci, Qui pénètre le cœur, émeut l'esprit et l'âme.

Et dans l'immense éther où se déploient mes ailes, Dans ce vol aérien où flottent mes désirs, Le souffle de ma vie aux sphères éternelles Porte en hommage à Dieu mes chants et mes soupirs.

Je ne descendrai plus dans ce pays des fleurs Où les papillons fous chagrinent tant les roses, Les perles de l'azur ne troublent pas les cœurs Et les rayons du ciel ont la pitié des choses.

Ainsi pensait le Rêve enivré de délices, Quand soudain de la terre, il monta des sanglots ; Et ces bruits douloureux étaient sans artifices, L'amertume d'une âme en débordait à flots.

Le Rêve n'y tint plus, et vers cette souffrance Il dirigea son vol. Quittant là l'idéal Et ses charmes divins, vers la voix il s'élance, Oubliant un moment le monde sidéral.

Dans un buisson fleuri que longe un sentier vert Errait seule en pleurant la Douleur éperdue ; Elle avait fui la foule et libre en ce désert Confiait aux échos sa peine contenue.

La solitude est chère à qui voudrait pleurer ; Les regards indiscrets intimident les larmes, Sur un frêle rameau que le vent fait trembler, Les gouttes de cristal ont tout l'attrait des charmes.

La triste inconsolée, entière à son chagrin, Goûtait peu la nature et son gai paysage, Car pour elle les fleurs n'avaient plus de parfum Et les oiseaux des nids n'avaient plus de ramage.

Seule, la brise tiède en caressant son front, Retrouvait dans son âme un écho de sa plainte, Et les feuilles tout bas mêlaient leurs doux frissons Aux émois violents dont elle était étreinte.

Le Rêve sympathique à la pauvre Douleur, Survint en soupirant, la toucha de son aile, Un colloque expansif et de vibrante ardeur Les enivra d'amour et LUI fut épris d'ELLE.

Et, depuis lors, on voit dans toute solitude Que le Rêve exilé recherche tristement Une nymphe songeuse ; Et sa morne attitude Dit que c'est la Douleur qui l'appelle et l'attend.

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