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1891

VOILES PERDUES

Gabriel TRARIEUX

Quand nous errions tous deux, caressés par les brises, Sur les sables semés d'herbes fines et grises, Souvent, comme accablés, devant l'infini clair, Nous restions, sans mot dire, à contempler la mer.

Nous restions là, muets, pleins de pensers trop vagues Et trop subtils aussi pour les parler… les vagues, Au loin, chantaient leur chant anxieux et si doux ; Et le soleil brillait, en nous comme sur nous.

Alors, au fond brumeux des pâles étendues, Nous aimions voir surgir d'humbles voiles perdues, Blanches sur la blancheur un peu rose des cieux. Elles naissaient à peine, et passaient, mais nos yeux

Les saisissaient au vol, sitôt paraissaient-elles, Amusés par l'essor frémissant de ces ailes Pareilles à l'essaim des désirs palpitants Qu'à l'horizon des cœurs on voit poindre au Printemps.

Depuis, le vol changeant et vif des heures brèves A fui ; les jours ont fui, ‒ les jours, avec nos rêves.. Pour les revoir, je suis vainement revenu, Les Voiles qui passaient au bord de l'inconnu !…

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