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1891

VITA

Gabriel TRARIEUX

Un frisson vague, un cri, des larmes, un sourire ; Puis, aube de l'ail trouble et profond que fait luire Chaque moment d'un feu plus clair, plus anxieux, La lente éclosion du monde soucieux ;

Puis, dans l'âme aux chansons des aïeules bercée, L'orage, fulgurant et sourd, de la pensée ; ‒ Puis, des désirs sans nom, puis, des élans sans but ; ‒ Puis, le soulèvement formidable du rut,

Des spasmes, des sanglots, des tortures, des râles, Et l'adoration des femmes aux mains pâles, Ivresse de bonheur, où s'abolit le temps, Qui, déchaînée aux cœurs, les allume éclatants

Comme les soleils d'or dont l'Infini flamboie, Et, seule, trompe un jour nos grandes soifs de joie ; Puis, aux cœurs las d'amour, une autre illusion : L'atroce, la tenace et froide Ambition ;

Et la lutte, la lutte, au hasard des journées, Du cœur silencieux contre les destinées !… Parfois un grand coup d'aile illuminant les nuits, Puis la chute fatale, et l'agonie… – Et puis,

Quand on a bien marché, dans l'ombre ou sur les cimes, Que l'on ait moissonné les fleurs pourpres des crimes Ou cueilli chastement les vertus, ces beaux lys, Le soir, le soir calmant, où meurt aux cieux pâlis

La cloche des sanglots et le clairon des fièvres… Enfin, la Mort, le Spectre Mort qui clôt les lèvres, Et la vie inquiète éteinte pour toujours… ‒ Où vas-tu, Mascarade ironique des jours ?

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