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1891

THRÈNE

Gabriel TRARIEUX

Puisque la douce Vierge rose A, pour toujours, paupière close, Qu'en paix, suave, elle repose ! Baissez les stores, baissez-les

Pour que du jour ne soient troublés Les rêves de ses yeux voilés. Pareille à l'antique peinture Fixée à la sombre tenture,

Dorme la pâle Créature Sous les grands rideaux aux plis lourds ; Ne marchez qu'à pas lents et sourds Sur les tapis au frais velours.

Pour la garder, l'enfant aimée, Impérissable et pur Camée, Qu'elle soit bien vite embaumée. Qu'on sauve de l'affreux Léthé

Pour des siècles de chasteté Son inaltérable Beauté. Puis, sur un doux lit qu'on la mette D'hyacinthe et de violette,

Et, dans la riche cassolette Veilleuse exquise des défunts, Brûlez, vagues dans les airs bruns, De rares et dolents parfums…

Ainsi dorme la Vierge Sainte Où, paisible, elle s'est éteinte, Sans exhaler un cri de plainte. Et puisse sa chère Âme encor

Se plaire à hanter le décor Où sa chair adorable dort !…

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