Puisque la douce Vierge rose
A, pour toujours, paupière close,
Qu'en paix, suave, elle repose !
Baissez les stores, baissez-les
Pour que du jour ne soient troublés
Les rêves de ses yeux voilés.
Pareille à l'antique peinture
Fixée à la sombre tenture,
Dorme la pâle Créature
Sous les grands rideaux aux plis lourds ;
Ne marchez qu'à pas lents et sourds
Sur les tapis au frais velours.
Pour la garder, l'enfant aimée,
Impérissable et pur Camée,
Qu'elle soit bien vite embaumée.
Qu'on sauve de l'affreux Léthé
Pour des siècles de chasteté
Son inaltérable Beauté.
Puis, sur un doux lit qu'on la mette
D'hyacinthe et de violette,
Et, dans la riche cassolette
Veilleuse exquise des défunts,
Brûlez, vagues dans les airs bruns,
De rares et dolents parfums…
Ainsi dorme la Vierge Sainte
Où, paisible, elle s'est éteinte,
Sans exhaler un cri de plainte.
Et puisse sa chère Âme encor
Se plaire à hanter le décor
Où sa chair adorable dort !…