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1891

SOUVENIR

Gabriel TRARIEUX

Parfois, il me souvient de celle Que j'aimais d'amour, à dix ans. Ses traits ne me sont plus présents, Mais je l'aimais : elle était belle !…

En l'évoquant, je me rappelle, Vagues, des yeux étincelants, Et des mains d'une blancheur telle Que les lys mêmes sont moins blancs :

Des gestes de Princesse frêle, Si gracieux, comme hésitants !.. Il me souvient de sa dentelle Faite à la mode du vieux temps…

Légère ainsi qu'une hirondelle, Ses paroles étaient des chants… Aujourd'hui, sous une asphodèle, Peut-être elle dort, dans les champs !…

Mais qu'importe ? Elle est immortelle, La Fleur de mon premier Printemps, – Et je n'ai pas souffert pour elle Ce qu'il faut qu'on souffre pour celle

Qu'on aime d'amour, à vingt ans !

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