J'avais rêvé d'amours voluptueux et rudes,
De ces amours de chair qui brûlent et qui font
Se tordre les lions au fond des solitudes
Et les grands cerfs brâmer d'angoisse au bois profond ;
J'avais rêvé d'amours éphémères, de fièvres
Liant l'homme à la femme à l'instant du désir,
Mais mortes aussitôt que sont sèches les lèvres
Et ne survivant pas à l'éclair du plaisir.
Or, me voici muré pour toujours dans le cloître
D’un Amour idéal, en qui, seule, peut croître
La blanche fleur d'un Rêve aussi chaste qu’un lys ;
Et je brûle mon cœur d'un feu lent, comme un cierge,
Aux yeux désespérément calmes d'une Vierge
Que pas même un mirage, un frisson n'a pâlis !