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1891

SONNET

Gabriel TRARIEUX

J'avais rêvé d'amours voluptueux et rudes, De ces amours de chair qui brûlent et qui font Se tordre les lions au fond des solitudes Et les grands cerfs brâmer d'angoisse au bois profond ;

J'avais rêvé d'amours éphémères, de fièvres Liant l'homme à la femme à l'instant du désir, Mais mortes aussitôt que sont sèches les lèvres Et ne survivant pas à l'éclair du plaisir.

Or, me voici muré pour toujours dans le cloître D’un Amour idéal, en qui, seule, peut croître La blanche fleur d'un Rêve aussi chaste qu’un lys ; Et je brûle mon cœur d'un feu lent, comme un cierge,

Aux yeux désespérément calmes d'une Vierge Que pas même un mirage, un frisson n'a pâlis !

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SONNET · Gabriel TRARIEUX · Poetry Cove