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1891

RENONCEMENT

Gabriel TRARIEUX

Dans tes petites mains j'ai laissé mon angoisse, Fleur blanche, où respirait le sang pur de mon cœur. Mais tu l'as écrasée, ainsi qu'un lys qu'on froisse, Sans même le savoir. Ton clair regard moqueur

N'a pas lu sur mon front les mots qu'on ne peut dire, Et mon orgueil vaincu par ton charme vainqueur. Le vœu, l'éternel vœu que ma voix te soupire, La prosternation de mon être anxieux,

Tu n'as rien su, rien vu… Rien n'émeut ton sourire… ‒ Ah ! regarde-moi donc un instant dans les yeux !… Mais non !… Non, je suis fou !… Souris toujours ! Ignore, Murée au cloître blanc de la Virginité,

La fièvre du désir, si triste !… Et ris encore ! O Vierge ! dans ton ciel où toute ombre est clarté, Amuse-toi du vol des visions naïves, Et sur nous, comme un voile, étends ta Pureté !

Qui sait où ton Caprice, en s'éloignant des rives Où le captive encore un bienfaisant sommeil, S'en irait, aux chansons des tendresses hâtives ?… Reste endormie, hélas ! – J'ai trop peur du réveil !…

Un soir, un soir d'été, quand tu sauras la vie, Par un autre, moins tendre et plus heureux que moi, Et l'amertume aussi dont l'ivresse est suivie ; Un soir, un soir d'été, cédant à cette Loi

Que du premier chagrin germe le premier Rêve, Un soir, prise d'un vague et frissonnant émoi, En épiant aux cieux comment le jour s'achève, Tu sentiras ton Âme ancienne revenir,

Et, dans l'apaisement d'une ineffable trêve, Radieuse, passer l'Ombre du Souvenir !

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