Le cœur de l'Homme jeune est comme un vaste champ. Des clartés de l'aurore aux clartés du couchant, L'Espoir, le bon Semeur, s'en vient, à mains ouvertes, Y répandre les grains, germes des moissons vertes,
Que le rayon futur des soleils éclatants Dorera de splendeur et de joie au Printemps. Mais à peine elles sont de la glèbe levées, Les tremblantes moissons, si chèrement couvées,
Que l'Oubli, le rôdeur sinistre de la nuit, Un soir, passe, furtif, y met le feu, s'enfuit, Et des épis chantants, joyeuse et blonde armée, Il ne reste, au matin, qu'un peu d'âcre fumée.
Ainsi tout passe et meurt dans notre Être mouvant, Et nos jours anxieux sont des pailles au vent… … Parmi cette déroute horrible de nous-mêmes Où nous regardons fuir, anéantis et blêmes,
Nos actes, nos pensers, nos rêves, comme on voit En voyage, passer un arbre, un fleuve, un toit, N'est-il pas un point fixe où brûle condensée Toute la passion de l'ardente Pensée ?
Quelque chose de sûr, de stable, d'éternel ! – Oui, dans le tourbillon de mon être charnel, Je sens vivre une essence indestructible et forte ! Âme, désir, vouloir, espérance ? ‒ Qu'importe ?
Le cri du cœur profond, sanglot chaste et divin, Fait éclater les mots ainsi qu'un moule vain. Heureux qui peut l'entendre, en sa nuit solitaire ! Ferment dont germe en moi l'ineffable mystère,
Penser de ma pensée, inextinguible feu, Esprit, peut-être es-tu ce qu'on appelle Dieu…
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