Pendant que monte aux cieux le soir subtil et doux,
Laisse-moi me coucher, Amie, à tes genoux.
Ainsi : penchant sur toi mon front à la renverse,
Pour que ton cher parfum assoupissant me berce.
Laissons mourir le Jour, laissons grandir la Nuit,
Et le divin sommeil calmer l'Âme du bruit.
Et restons là, pareils aux vieux Saints des estampes,
Sans mouvement… Surtout n'allumons pas les lampes,
Restons… A quoi bon voir les traits, lorsque le cœur
Sans distinguer les yeux,sent si bien leur douceur ?
Ne parlons pas non plus…Que pourrions-nous entendre
Que des mots, et si vieux, si froids à l'âme tendre ?
Laissons jaser d'amour et rire les Amants
Qui chantent, neuve encor, la chanson des Serments.
Nous, qui sommes si bien mélangés l'un à l'autre
Que ma vie et ta vie en font une : « la nôtre, »
Écoutons soupirer le même Rêve en nous,
Amie, et laisse-moi dormir, à tes genoux.